Blandine, témoignage d’une personne sourde devenue artisane

Blandine, artisane, est sourde de naissance. Elle nous raconte sa lutte à l’école et comment la pandémie a mis un brusque coup à son autonomie. Pour la première fois, Blandine a vraiment senti les limites de l’inclusion. Elle nous partage également son parcours professionnel, fait d’essais-erreurs, et sa reconversion finale dans l’artisanat, où Blandine est devenue créatrice de bougie. Désormais à sa place, elle crée de ses mains des bougies parfumées pensées pour apaiser et guérir aussi bien l’âme que le corps. Un témoignage d’une personne sourde inspirant, lumineux et solaire, d’une artisane handicapée résolument optimiste et bienveillante.

Blandine, artisane handicapée, entrepreneure sourde créatrice de bougies

Blandine, artisane créatrice de bougie chez Muse’s Love : témoignage d’une personne sourde et de son cheminement professionnel

Quel est ton handicap ?

Je suis atteinte de surdité congénitale (je suis sourde de naissance).

Tu m’as dit que tu avais eu du mal à trouver ta voie, ta place. Comment se sont passés tes études puis ton parcours dans la vie active ?

Au début, j’étais suivie par des éducateurs spécialisés pour les enfants atteints de surdité ou de troubles de la parole, j’avais beaucoup de difficultés en classe, car il fallait beaucoup écouter et les profs citaient souvent les leçons à haute voix. Je ne pouvais donc pas écrire et écouter en même temps. Je copiais mes leçons sur mon camarade de classe. Du coup, j’étais toujours en retard et pas franchement attentive.

Le plus difficile, c’était que les profs écrivaient dans mon bulletin que je pouvais mieux faire alors que je faisais de mon mieux. En plus de ça, je ne savais pas du tout ce que je voulais faire de ma vie en 3e. Je ressentais une réelle pression en matière d’orientation professionnelle, je devais trouver absolument une voie pour le lycée. Je pensais à ce moment-là aimer la mode, ce qui m’a poussée à me diriger vers Bac Pro métier de la mode et du vêtement.

Malheureusement, une fois mon diplôme obtenu, cette filière ne me plaisait plus. Je me cherchais encore. Vers mes 23 ans, j’ai décidé de passer un CAP Petite Enfance. Là, je suis devenue animatrice en périscolaire et en centre de loisirs. Je suis restée plusieurs années dans cet emploi, avant de finalement devenir artisane.

Que d’expériences ! Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui aimeraient également se reconvertir ?

Si vous n’aimez pas ce que vous faites, changez ! Il est très important de prendre soin de soi, de sa santé mentale et physique. Or, si vous restez dans ce que vous n’aimez pas, vous vous faites du mal.

Si vous êtes le premier à dire aux autres de prendre soin d’eux même, de changer de voie, alors pourquoi ne le faites-vous pas pour vous aussi ?

Il est normal d’avoir peur. Moi aussi j’ai eu peur. La peur est là pour vous guider dans votre chemin : elle est utile, car elle vous pousse à vous dépasser, à vous appliquer, à vous apprendre chaque petit pas pour vous mener vers vos objectifs. Acceptez-la, elle vous offrira de magnifiques petites victoires.

As-tu éprouvé des freins durant tes études et/ou tes précédents emplois en raison de ton handicap ? Te sentais-tu bien intégrée en tant que personne sourde ?

Au niveau des études oui, car comme dit précédemment, j’avais toujours un train de retard. Les profs ne faisaient pas vraiment d’efforts, ils ne m’accordaient pas plus d’importance que ça donc je n’étais pas vraiment intégrée. J’avoue que je n’étais pas non plus une élève modèle : je bavardais beaucoup avec ma camarade ou alors je rêvassais pour la simple raison qu’écouter me demandait un gros effort. Résultat, j’étais très souvent fatiguée. Ajoutez l’indifférence des profs en plus de leurs remarques type “peut mieux faire” ou encore “manque d’autonomie”, et vous avez le parfait combo du décrochage scolaire. L’effort d’écoute couplé à un manque d’adaptation de l’école m’empêchaient de suivre. De plus, je ne comprenais rien du tout lorsqu’une personne me parlait… Pour couronner le tout, beaucoup de personnes se moquaient de moi.

Concernant mon précédent emploi, chaque directeurs/directrices (et même les  collègues) ont été très compréhensifs avec moi. Une des valeurs de l’école occitane où je travaillais en tant qu’animatrice était de favoriser le mélange de cultures, de différences, de générations, de langues, etc. Il était très important pour eux que chacun se sente à sa place, et je me sentais en effet à ma place.

J’étais vraiment très bien intégrée. On avait fait des mises en place pour les réunions par exemple, je me mettais toujours en face de mes directrices. Je pouvais stopper si jamais je ne comprenais pas. Elles prenaient le temps de reformuler leurs phrases, des petites choses comme ça, très appréciables au quotidien.

Tes précédents emplois ont donc pu être aménagés comme tu l’aurais voulu ?

Oui bien sûr !

Comment le COVID a-t-il influencé ta vie personnelle et professionnelle ?

Après avoir quitté mon travail d’animatrice, le COVID venait tout juste d’arriver. 1 ou 2 mois après, le masque est devenu obligatoire. Je n’avais jamais été aussi consciente de mon handicap, de la réalité du manque d’inclusion, avant de subir de plein fouet cette période de pandémie.

À ce moment-là, j’avais profité de mon déménagement pour vraiment trouver ce que je voulais faire de ma vie, trouver ma voie, mais le COVID est venu me freiner dans mon élan…

Cela a été difficile pour moi, car je me sentais coupée, rejetée de la société qui nous avait oubliés. La lecture labiale (lecture sur les lèvres) était auparavant ma plus importante source d’autonomie, et les masques ma l’avaient enlevée ! Même si je porte des appareils auditifs, il existe une grosse différence entre entendre et comprendre. C’est comme si vous étiez face à un étranger qui vous parle, vous l’entendez, mais vous ne le comprenez pas. C’est exactement mon cas avec les masques.

Tu m’as raconté que le COVID t’avait rendue plus critique à l’égard de l’inclusion. Quel serait ton ressenti ou ton témoignage en tant que personne sourde ?

En effet, j’étais souvent frustrée, énervée, car j’ai pu voir la réalité des choses. Le plus difficile, c’était le personnel médical ou les pharmaciens qui refusaient de s’adapter. J’en ai même eu un qui s’était moqué de moi, car j’avais dit que j’étais sourde et que je lisais sur les lèvres. Je n’ai compris ce qu’il a dit, mais il y a des comportements qui ne trompent pas. Donc suite à tout ça, je me suis renfermée sur moi-même, j’étais en permanence en contradiction avec moi-même, car je profitais pour réfléchir sur ma voie professionnelle pendant que je me sentais mise à l’écart, car je me disais que si je voulais travailler en tant qu’animatrice dans l’immédiat je ne pouvais pas, et si je voulais faire une formation je ne pouvais pas. Le COVID m’avait fermé beaucoup de portes. J’ai traversé une période de mal-être, mais heureusement pour moi, je ne me suis pas laissée abattre.

Que fais-tu actuellement ? Comment as-tu décidé de devenir artisane ?

Je suis devenue artisane, créatrice de bougies végétales. J’ai le statut de travailleur indépendant en situation de handicap (T.I.H.).

Suite à mon déménagement, j’ai commencé à travailler sur moi-même. J’ai d’ailleurs consulté un thérapeute pour m’aider à avancer, car je n’allais pas très bien. Ce travail a duré plusieurs mois.

Au fur et à mesure que je me reconstruisais, j’avais toujours cette volonté qui me suivait depuis enfant : devenir ma propre patronne, être entrepreneure, en somme. Oui, mais dans quoi ? Il fallait que je trouve quelle activité exercer.

J’ai pris le temps de réfléchir à ce que j’aimais dans la vie. J’ai remarqué que j’étais une personne manuelle, qui aime créer des choses. Hop, voilà une deuxième certitude. Il me fallait maintenant trouver quoi créer : je serai artisane !

Et c’est tout drôle, j’ai trouvé ma voie en faisant la vaisselle !

Je me suis dis et pourquoi pas les bougies ? J’avais plein d’idées qui fusaient dans ma tête. Pourquoi je voulais me lancer, comment j’allais le faire, etc. Avant de confirmer tout ça, je me suis assurée de vraiment aimer la fabrication de bougies. Puis, à partir de ce moment-là, la suite s’est enchaînée assez naturellement.

As-tu été accompagnée, et si oui, de quelle manière ? De quelle aide supplémentaire aurais-tu eu besoin pour t’aider à t’orienter professionnellement en accord avec tes goûts, tes compétences et tes possibilités ?

Non je n’ai pas été accompagnée, car je suis quelqu’un d’autodidacte : quand un sujet me passionne, j’apprends très vite. En quelques journées d’apprentissage, je suis capable de tout expliquer comme si ça faisait des années que je connaissais ce sujet.

Concernant les bougies j’ai tout appris toute seule avec, pour professeurs, internet et mes tests/expériences.

Qu’aimes-tu le plus dans ton activité de créatrice de bougie et d’artisane T.I.H. ?

Tout, je chéris chaque étape !

Quand je crée, je me dis que ça va faire le bonheur d’une personne, que pendant un instant, les bougies vont l’aider à se détendre. J’aime imaginer mes créations voyager aux quatre coins de la France.

Quand je fais mes posts sur les réseaux sociaux, je me dis que ça va illuminer la journée d’une personne.

Quand j’envoie un colis, j’y mets mon amour en espérant que la personne rayonne en sentant la bougie.

Franchement, c’est indescriptible, j’aime vraiment tout, je ne saurais pas choisir (même la comptabilité !). C’est grâce à ça, cette énergie positive, que j’ai rapidement su que j’avais trouvé ma voie professionnelle.

J’ai vu que tu faisais des bougies thérapeutiques. Quelles sont leurs spécificités ?

Les bougies thérapeutiques sont là pour aider les personnes qui souhaitent travailler sur elles, libérer leurs blocages ou leurs chakra bloqués. Une des valeurs de Muse’s Love est la confiance en soi et l’amour. La guérison est mon objectif.

Chaque bougie s’appuie sur quatre thérapies et sont adaptées pour chaque chakra :

  • La chromothérapie : tirer des bienfaits via les couleurs qui influent sur l’état d’esprit. Le vert, par exemple, calme et aide à l’autoguérison. Le rouge stimule et donne du courage.
  • La lithothérapie : les bienfaits par les pierres. Je propose avec les bougies des bracelets en pierre de qualité.
  • L’aromathérapie : les bienfaits par les huiles essentielles. Elles sont toutes 100% naturelles et BIO.
  • Et pour finir la Luminothérapie : qui consiste à profiter de l’énergie de la lumière pour ressentir du bien-être. Dans le cas de la bougie, la luminothérapie est la lumière de la flamme qui est une présence énergétique.

Il y a une vraie philosophie, un message, derrière Muse’s Love Bougies, non ? S’affirmer, s’aimer soi-même, dans sa diversité ? Parle-nous des valeurs qui t’animent.

Oui effectivement, suite à mon chemin de vie, à mon handicap et à toutes les difficultés que j’ai pu rencontrer, dont le manque de confiance que je ressentais, il était évident pour moi d’avoir pour valeurs tout ce qui touche à la confiance en soi, à l’Amour. Si, pour beaucoup de personnes, l’Amour se restreint à la dimension romantique et au couple, pour moi ce n’est pas que ça : l’amour c’est aussi aimer sa famille, ses amis, mais surtout s’aimer soi-même. C’est la base !

J’ai créé Muse’s Love pour aussi dire et montrer aux gens qu’il n’y a pas d’âges pour se sentir perdu, pour trouver sa voie.

Je l’ai aussi créé pour leur dire qu’ils ont le droit de se sentir mal, que ce n’est pas parce qu’il y a pire qu’il faut taire son mal-être, qu’il soit physique, mental ou psychique, car c’est comme ça qu’on devient “pire que les autres”. J’aimerais faire comprendre aux gens que la guérison vient en premier d’eux-mêmes et non des autres.

Chaque jour, je vois des personnes qui n’osent pas être ce qu’elles veulent être, qui ne s’autorisent pas exprimer ce qui ne va pas. Elles ont du mal à communiquer.

Certes, je ne peux pas changer le monde, mais si je peux aider une personne dans sa vie, lui donner des conseils et la guider, c’est déjà énorme.

Quel est ton ou tes produits phares, ceux que tu recommandes à tes clients ?

Mes produits phares sont les bougies Pop-corn Caramel et Éclipse de Lune.

Je recommande mes produits à mes clients selon leur style de parfums et leur préférence, car chaque personne est différente.

 

Pour aller plus loin : un autre témoignage d’une artisane en situation de handicap, Margaux d’Hypatia, créatrice d’objets en résine epoxy

 

Pour retrouver Blandine

La boutique de Blandine, Muse’s Love Bougies

Retrouvez Blandine sur Instagram : Muses.love

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Clémence Guiot
https://koine-redaction.fr
Clémence est une de ces personnes qui possède un parcours professionnel atypique. Titulaire d'un Master de recherche de lettres classiques de la Sorbonne et d'un Master de Management de l'Assurance, elle a travaillé dans une grand groupe assurantiel avant de se lancer dans l'entrepreneuriat en créant Koïné Rédaction, une agence de communication engagée auprès des freelances en situation de handicap. C'est sans compter son autisme qui lui donne une expérience du monde singulière.

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